RESUME EXECUTIF DU DIAGNOSTIC DU SYSTEME TOGO DANS LE CADRE DE L’ETUDE PROSPECTIVE « VISION TOGO 2030 »

La société togolaise, comme toute société, est un système mû par les interactions permanentes conjecturelles ou structurelles de forces idéologiques et religieuses, psychologiques, philosophiques, sociologiques, politiques, économiques, techniques, ethniques, etc., dans une dynamique culturelle spécifique engendrée par un éthos social qui apparaît comme les marques d’une identité culturelle. Ces référents assurant la cohérence de l’ensemble du groupe, deviennent leur modèle socioculturel. Tout construit social et tout comportement social est donc régit normalement par des règles qui correspondent à la représentation que ce peuple se fait de sa vie et de son histoire, de ses relations avec les autres peuples et de son avenir.

Penser le Togo comme un système, revient donc à assumer le holisme méthodologique comme paradigme à partir duquel il convient d’appréhender les éléments constitutifs du Togo et les interrelations qui les lient les uns aux autres. Quatre sous-systèmes ont donc été identifiés, à savoir le socioculturel, la politique et la gouvernance, la démographie et le développement humain durable, et enfin l’économie et la technologie.

De leur articulation, naissent une diversité de configurations et donc de destins possibles pour le Togo. Mais en amont de cette articulation, il est apparu important de déconstruire les ressorts de chacun des quatre sous-systèmes, afin de poser un diagnostic objectif et dépassionné du système Togo, préalable incontournable à une formulation d’une stratégie de développement idoine.

A l’examen, les principaux enseignements ci-après peuvent être mis en évidence :

  1. Sur le plan socioculturel

Le diagnostic socioculturel du Togo induit l’observation et l’analyse des structures sociales endogènes acquises dans l’histoire, de leur fonctionnement dans toutes les dimensions organisationnelles sociétales du point de vue de l’évolution de l’individu togolais depuis l’administration coloniale et l’impact sur le pays à travers les évènements importants vécus par les populations jusqu’à nos jours. Tout part du constat que le présent du Togo est caractérisé par une profonde crise identitaire, une crise politique interminable, une crise de la citoyenneté, un rapport problématique au religieux et une difficulté manifeste pour le togolais à assumer son histoire et la pluralité culturelle de son patrimoine national.

Depuis 1884, l’expérience du vivre ensemble des Togolais a connu divers aléas dont les impacts sur les populations togolaises restent profondément ancrés dans le corps social matériel et immatériel du pays. Entre déconstruction et construction de modèles sociaux au gré des enjeux politiques, le Togolais a évolué comme un bateau ivre dont le parcours incertain a viré à la dérive à partir des années 1990 pour retrouver une relative stabilité aux environs des années 2000. De ce fait, la question du socioculturel est au carrefour de toutes les autres questions car il est bel et bien question de s’interroger sur le type togolais et ses valeurs éthiques et morales, pour reprendre la formule qui dit que « notre devoir être doit orienter notre devoir faire ».

L’approche adoptée, ici, est un retour sur l’histoire du Togo, aux fins de mettre en lumière les fractures sociales et les injustices artificiellement construites, les sources des clivages sociaux, politiques et économiques qui caractérisent le paysage national. Les réflexions font donc l’état des lieux de toutes ces questions et annoncent des perspectives autour desquelles pourront s’élaborer plus tard les stratégies de la vision.

De ce point de vue, notre lecture de l’histoire socioculturelle peut se structurer en cinq grands moments :

-      la vie socioculturelle ante coloniale (des peuplements jusqu’en 1884)

-      l’époque coloniale (1884 à 1960)

-      l’ère de plomb (de 1960 à 1990)

-      la crise de la citoyenneté (1990 à 2000)

-      la renaissance aux environs de 2009

Cette chronologie répond au souci de rendre compte de toute la complexité du processus qui a conduit à la réunion sur les 56600km² du Togo de près d’une quarantaine d’ethnies puis aux expériences du vivre ensemble entre ces peuples, depuis la rencontre avec l’occident et les turbulences traversées sous les différents régimes politiques depuis 1960. Même s’il apparait une logique de construction à première vue conflictuelle et confuse, il paraît néanmoins évident que 1990 marque une rupture brutale décisive qui va affecter toutes les composantes sociales du pays. Une période de confusion totale caractérisée par une déstructuration profonde des piliers sociaux et l’émergence d’anti valeurs va s’instaurer allant avec l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat jusqu’aux environs des années 2009 où avec la reprise économique et une prise de conscience collective de la dérive sociale du pays, une tendance à la normalisation va s’enclencher assez timidement pour s’accentuer ces deux dernières années.

L’approche se veut donc holistique tout en s’appuyant sur des domaines spécifiques du système socioculturel national. Il a donc fallu structurer notre travail autour de quatre (04) thématiques : Dimensions et identité de la société togolaise, culture et religion, Participation citoyenne et jeunesse, éthique et valeurs, Femme et sociétés et Sports, arts, spectacles, loisirs et médias. L’étude approfondie de ces thématiques a conduit au constat selon lequel les clivages socioculturels observés dans notre pays portent fondamentalement sur la gouvernance, la justice sociale et la faiblesse de l’Etat diversement manifestée.

Les deux premières époques révèlent que le Togo dispose d’un potentiel humain qualitatif éprouvé et que sa diversité culturelle peut constituer une force de développement pour le pays. Les clivages ethniques prétendus sont des virtualités politiques qui ne correspondent pas à un refus réel des populations de vivre ensemble sur le même territoire et d’envisager une communauté de destin. Plusieurs succès dans les domaines économique, politique, sportif et artistique ont participé à asseoir les bases d’une fierté nationale aussi bien à l’intérieur qu’à l’international. Mais les dissensions politiques et la subjectivité des débats vont ensuite conduire le pays vers des situations confuses. Progressivement, la question ethnique va s’instaurer en paradigme incontournable dans le débat national au point de constituer durant la dictature l’aune sociale de différenciation. L’affadissement du sentiment d’appartenance va alors se renforcer au fur et à mesure que la dictature va se durcir en même temps que grandissent des complexes d’incapacité chez les Togolais ; incapacité du pays et des hommes. Le refoulement de l’autre perçu comme un danger participe à gangréner d’avantage le vécu ensemble des togolais. Les repères sont faussés, les valeurs renversées, toute la machine dérape avec les troubles sociopolitiques à partir de 1990.

Au plan de la gouvernance économique, le constat principal est celui de prédation du patrimoine national par une partie de la population tandis qu’au plan politique et social, tout donne l’impression d’un pays à double vitesse voire un pays dont les gouvernants et les gouvernés vont dans deux sens contraires.

Les comportements léthargiques induits par la crainte de la répression et les traumatismes engendrés par la violence de la dislocation des systèmes traditionnels du pays depuis les contacts avec l’occident et les régimes politiques successifs qui ont instrumentalisé la chefferie traditionnelle et folklorisé les rites coutumiers, ont par la suite donné lieu à une éruption d’indiscipline et d’incivisme dès que les facteurs de la coercition ont semblé faiblir. On peut donc lister la crise de confiance, la crise de l’autorité aussi bien dans les familles que dans la sphère publique, la crise de légitimité des institutions nationales, la faiblesse du sentiment d’appartenance à un corps social qui transcende l’ethnie, le dénigrement du pays, l’indiscipline et la corruption comme des réponses d’un peuple qui vit dans un sentiment de perte de confiance en la capacité du corps social à lui garantir le respect des valeurs qui sous-tendaient le lien social d’appartenance.

Le multiculturalisme du Togo n’a pas été exploité à des fins de construction d’un patrimoine national inclusif dans lequel chaque composante ethnique se sent valorisée et intégrée comme entité à part entière du tissu national. Au cœur des rites et coutumes, se trouvent des ressources immenses pouvant servir à l’inculcation de bonnes valeurs éducatives, politiques, religieuses. Les modes de consommation et de production traditionnellement infuses aux populations du pays peuvent être articulés dans une perspective moderne et industrielle sans dénaturer les habitudes sociales. L’équilibre du système étatique doit se construire sur la base des sources normatives endogènes incorporées dans le contexte moderne par le biais d’une adéquation institutionnelle rationalisée et non simplement calqué sur des modèles occidentaux.

 Le capital humain immense que représentent la couche féminine et la jeunesse doit retrouver sa vitalité et s’exprimer dans des espaces de libre concurrence et de justice sociale. La chosification de la femme togolaise ou son enfermement dans des cadres restrictifs de ses moyens et possibilités, l’instrumentalisation de la jeunesse par les acteurs politiques, la perversion des mœurs constituent les freins réels à la manifestation qualitative optimale du potentiel de développement que sont ces couches de notre population.

L’Etat doit trouver les ressources et les dispositions nécessaires à la création d’espace de participation de la jeunesse à la construction d’un rêve national. Cependant, il faut d’abord que notre société parvienne à réinventer le rêve et offrir des alternatives à la jeunesse du pays.

Les femmes, véritables mères de la nation togolaise pour avoir porté le poids économique de la lutte pour les indépendances et avoir constitué le premier symbole de représentation de la fierté togolaise à l’international, sont aujourd’hui dans un rôle décoratif. Tandis que le cercle familial se fissure face aux pressions multiples de la modernité, les hommes abandonnent toute initiative de résilience face aux pesanteurs sociopolitiques et économiques du pays, laissant à la jeunesse confuse le devoir de se définir toute seule face aux pressions de la mondialisation et des paradoxes du pays. Toutes les frustrations qui en découlent engendrent les poches de replis identitaires qui alimentent à terme des conflits et confrontations qui nourrissent la crise politique permanente.

Les rites et coutumes traditionnels à l’instar des fêtes traditionnelles fortement désarticulés par la politisation à outrance, la pression de l’aliénation culturelle née de la colonisation et des religions occidentales qui ont renforcé la dialectique oppositionnelle entre la tradition et la modernité, n’ont eu pour effet que la perte de repère identitaire plus prononcée au sein de la population togolaise.

Tous ces facteurs créent un schisme identitaire traumatisant, la méfiance entre les peuples et les autorités et inaugurent la crise de légitimé des institutions nationales dont chaque décision est rejetée presque de façon épidermique et non plus rationnelle. On doit également prendre en compte de ce point de vue la difficulté à instaurer une relation homogène et naturelle à partir du dualisme institutionnel que crée la superposition artificielle des institutions républicaines et traditionnelles. Un autre problème majeur de notre société est l’influence de nos cultures ethniques dans nos rapports à autrui avec des stéréotypes qui souvent finissent par se traduire par des velléités hégémoniques d’une culture sur l’autre, le réflexe tribal, etc.

En outre, l’inadaptation de l’éducation nationale aux défis de développement de l’heure, la négligence du secteur artistique et sportif sont des facteurs d’appauvrissement du capital humain national. L’immixtion des enjeux politiques dans tous les secteurs d’activités du pays constitue un réel problème pour l’articulation rigoureuse d’un processus de construction d’un Etat stable intégrant toutes ses variétés culturelles et identitaires.

Il importe pour le Togo, d’assumer son histoire avec objectivité et responsabilité, de rebâtir une société juste et équitable où le rôle protecteur de l’Etat est ressenti par chaque citoyen. La revalorisation des rites traditionnels et sources normatives endogènes, la restauration des appareils d’inculcation telle que la famille et l’école, la refondation de la fonction sociale de la religion en tant que facteur dynamisant de l’effort et de la foi en la valeur du génie humain, l’inclusion du potentiel féminin dans toute sa plénitude dans le socle éducatif, économique, politique et culturel de notre société, le respect de la dignité humaine et la promotion du mérite sont des impératifs de la réorientation de notre pays vers une dynamique de construction d’une identité nationale porteuse de germes de développement et de paix sociale.

  1. Sur le plan de la politique et de la gouvernance

Le principal enjeu consiste à répondre à une double question à savoir :

-      d’une part, quels sont, à ce jour, les formes d’animation de la vie politique et publique ainsi que les choix de société ou les formes d’organisation du pouvoir qui ont été observés au Togo ?

-      d’autre part, comment cette animation de la vie publique a-t-elle été faite pour assurer, avec ou sans succès, une gestion efficace et une répartition équitable des ressources et opportunités du pays en faveur des différentes catégories et de l’ensemble des citoyens ?

L’état des lieux établi en réponse à ces questions suppose, en amont, un recours aux grands faits qui ont marqué la vie politique ainsi que l’animation et la gestion de l’espace public de 1884, année de signature du traité de protectorat avec l’Allemagne, à aujourd’hui.

L’analyse de la situation socio politique du Togo, a permis de noter que, malgré un apparent calme, des rancœurs et des frustrations existent à beaucoup de niveaux entre les acteurs politiques, entre les acteurs politiques et les citoyens, enfin entre les citoyens et leurs institutions.

 A défaut de trouver dans son génie, les germes de changements profonds et de conversion des énergies destructrices en ciment de cohésion nationale, le pays pourrait sombrer à tout moment dans le chaos. Mais ce tableau, a priori alarmiste, ne doit pas occulter les avancées que le pays a pu opérer dans le temps et qui, comparées aux années précédentes, sont actuellement visibles.

L’analyse du sous-système « politique et gouvernance » repose sur quatre piliers : rôles et prérogatives de l’Etat de droit, justice et système judiciaire, protection civile, sécurité et défense et enfin politique extérieure.

-      S’agissant du rôle et des prérogatives de l’Etat, les grands événements ayant marqué la vie politique du Togo de 1884 à ce jour ainsi que leur impact, grand ou petit, sur la vie politique, ont été relevés. Un accent a été mis sur le choix effectué par les Togolais, depuis bientôt un quart de siècle, d’instaurer un régime politique garant des droits et libertés de la personne, respectueux des valeurs civiques. Les textes et les institutions à même de garantir ce cadre ont été relevés. Mais la réalité empirique révèle une absence d’autorité de l’Etat ; de plus on note qu’au sein de la classe politique, et même à d’autres niveaux notamment entre cette classe politique et les citoyens et ensuite entre les citoyens et les institutions de l’Etat, la confiance continue de s’effriter au point où, pour certains observateurs[1],la situation du pays s’apparente à celle d’une nation fragile[2]. Cette opinion est corroborée par le sentiment qu’il y a un manque d’indépendance des institutions de la République vis-à-vis du pouvoir exécutif, la prévalence de la corruption dans beaucoup de sphères de l’Etat et une immixtion de l’armée dans la vie politique. Enfin, dans un environnement où, malgré les tensions, le dialogue est toujours promu et souhaité, les germes de changement à même de favoriser la consolidation de la paix, le fonctionnement des institutions et des pratiques démocratiques ont été relevés.

-      Relativement à la justice et au système judiciaire, il est heureux, là aussi, de constater que la Constitution a consacré le pouvoir judiciaire ce qui correspond à la terminologie inscrite dans la théorie de la séparation des pouvoirs. Des efforts ont été faits, tout au long des années pour renforcer le cadre juridique et institutionnel d’action des juridictions et mettre en avant leur rôle dans la promotion de l’Etat de droit. Mais beaucoup de défis restent à relever notamment en vue d’assurer l’effectivité des juridictions administratives et surtout en vue d’éradiquer les phénomènes de corruption, le sentiment d’impunité de certains acteurs de la justice et citoyens. La question des défis rencontrés par le système judiciaire pour assurer l’effectivité de la jouissance des droits humains a aussi été abordée.

-      Au niveau de la défense, de la sécurité et de la protection civile, une esquisse de l’histoire des forces de défense et de sécurité au Togo a été faite. Ensuite, le cadre normatif et institutionnel a été rappelé. Enfin, le professionnalisme et le niveau de formation assez relevé des forces de défense et de sécurité au Togo a été rappelé. Mais la problématique de la confiance entre les forces de défense et de sécurité ainsi que la gestion des manifestations publiques sans violence a été abordée. Toujours en lien avec cet aspect, les défis et enjeux liés à la protection civile ont été rappelés avant de mettre l’accent sur les tendances lourdes de ce secteur, les signaux faibles, les germes de changement. Sur ce dernier aspect, les grands axes de la réforme des forces de défense et de sécurité initiée par l’actuel Chef de l’Etat, ont été abordés.

-      Sur la politique extérieure, les grandes périodes ayant marqué la diplomatie togolaise et son influence sur l’échiquier international ont été rappelées. Les facteurs ayant contribué au rayonnement de cette diplomatie ainsi que les défis qui, à certains moments, ont entrainé un faible rayonnement et la rupture de la coopération entre le Togo et certains pays ou institutions internationales ont été abordées. Les défis liés à la gestion des ressources humaines et aux nouvelles orientations de la diplomatie togolaise ont aussi été abordés.

  1. Démographie et développement humain durable

« Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs et répartir équitablement les richesses pour le bien-être de tous» ; tels sont les objectifs au cœur du développement humain durable. Dans cette optique, la compréhension des trajectoires des indicateurs démographiques et des secteurs clés : urbanisme et habitat, éducation, jeunesse et emploi, santé, environnement et énergie renouvelable, diaspora, apparaît alors nécessaire pour détecter les forces et faiblesses d’une nation et réfléchir sur les voies idoines permettant de faire de la protection sociale, un levier de développement économique.

Pour ce qui concerne la démographie, depuis les indépendances jusqu’à nos jours, le Togo a connu au total quatre recensements de la population, notamment en 1961, 1970, 1981 et en 2010. La population togolaise a présenté jusqu’en 2010 une caractéristique majeure de croissance relativement forte. En effet, de 1981 à 2010, soit en 29 ans, la population résidente a plus que doublé, avec une prédominance féminine. L’Indice Synthétique de Fécondité qui est passé de six 06 à quatre 04 enfants en moyenne par femme à partir de 2006 marque l’entrée du Togo dans sa deuxième phase de transition démographique, avec une population très jeune (42,1% a moins de 15 ans en 2010). Cette population est inégalement répartie avec l’identification de zones de forte densité (Sud-Est Togo, plateau Kabyè) opposées à de grands espaces fertiles très peu mis en valeur notamment dans la région Centrale du fait de l’exode rural. Quant à la migration nette, elle est négative confirmant une tendance à l’expatriation. Avec une mortalité en baisse (11,3 o/oo en2010) et une espérance de vie en hausse (60,8 ans), un taux d’accroissement quasi stationnaire (2,8% en 2010), la population togolaise est à plus de 54% active. Ceci pose avec acuité l’épineux problème de l’emploi des jeunes et des séniors, d’où la nécessité de définir une politique volontariste de la population qui devrait être en cohérence avec les orientations économiques retenues (par exemple le choix d’opter pour des technologies économes en capital ou plutôt en travail).

Pour ce qui concerne l’habitat et l’urbanisme, l’urbanisation est un phénomène mondial, qui n’épargne pas le Togo avec son corollaire d’enjeux sociaux, économiques, culturels et environnementaux. Aussi , une rétrospective sur la thématique, particulièrement sur la ville capitale, révèle-t-elle une forte dynamique spatiale, une grande propension du Togolais à la propriété résidentielle, et à l’identité culturelle dans l’habitat. Il est également à noter que la problématique du foncier trouve déjà ses origines à l’époque coloniale, d’où la coexistence de deux régimes fonciers : le coutumier et le moderne. L’état des lieux du cadre juridique et institutionnel de l’habitat et de l’urbanisme au Togo transcrit une organisation qui reste à parfaire surtout en matière de rénovation des textes, et en termes de ressources humaines et matérielles. La spéculations sur fonds de terre et sur coûts du loyer, l’absence d’un Système d’Information Foncier sont, entre autres, des problèmes qui minent le secteur. De manière générale, un effort reste à faire du côté de l’Etat pour l’adoption d’un nouveau code foncier, l’organisation de toutes les institutions devant intervenir au sein du secteur dans le but de définir une vision claire de l’habitat et de l’urbanisme au Togo . Le projet d’une politique de l’Habitat par exemple serait un élément salvateur. Le secteur privé a également sa part de responsabilité, notamment en termes d’organisation de divers corps de métiers actifs et citoyens, et prenant sur lui le respect des règlements qui seront définis. Ceci évitera de laisser en les mains de personnes non-acréditées, la gérance de l’habitat, de l’Urbanisme et du foncier sur le territoire.

Le développement humain se fonde également sur un système d’éducation performant. L’éducation au Togo se conjugue en quatre (04) temps : le précolonial, le colonial allemand, le colonial français, et le postcolonial. A chaque temps politique correspond un système éducatif scolaire dont les objectifs reflétaient le type de régime en vigueur.

Le système éducatif togolais jusqu’à ce XXIème siècle est régenté par une réforme datant de 1975 censée créer « la nouvelle école togolaise ». Si dans les premières années, cette réforme a été saluée a giorno des résultats produits, elle apparaît aujourd’hui obsolète du fait du chômage ambiant, corollaire de la faible adéquation emploi-formation, issue notamment de curricula de formation inadaptés. En dépit des efforts consentis, plusieurs maux gangrènent ce secteur : des conditions de vie, de formation et de travail du corps enseignant, aux infrastructures inversement proportionnelles au flux des apprenants, en passant par des conditions d’apprentissage médiocres. De plus, la part de l’éducation n’a jamais dépassé les 24% du budget national entre 2006 et 2010 avec un taux d’exécution du budget d’investissement en baisse logarithmique pour atteignant un niveau alarmant de 16%.

En outre, au Togo comme partout ailleurs, la jeunesse, vivier de la nation, constitue un point d’inflexion du système démographique, faisant d’elle un élément capital du développement. Et comme le confirme l’étude sur la démographie, le pays possède une population très jeune qui représente un réel atout pour un Togo émergent. A ce titre, elle constitue donc une priorité pour l’Etat. S’il est vrai que plusieurs programmes et institutions font florès, il n’en demeure pas moins vrai que leur capacité à régler les problèmes des jeunes demeure imperceptible, devant le taux de chômage endémique (6,5% pour l’ensemble de la population et à 8,1% pour les jeunes en 2011), le sous-emploi (22,8% en 2011), l’incivisme, la discrimination à l’embauche, la délinquance, l’oisiveté, le complexe d’infériorité, etc. Ce qui dénote d’une certaine faiblesse de ces politiques et programmes. En parlant d’emploi et de formation, on soulève le problème récursif du chômage, découlant de l’inadéquation emploi-formation. L’Agence Nationale Pour l’Emploi (ANPE) révèle d’ailleurs des chiffres inquiétants sur le chômage des jeunes : en 2012, sur 7219 demandeurs d’emploi, 72% ont entre 15 et 29 ans, avec un temps moyen d’accès au premier emploi estimé à 12,8 mois et une rémunération en deçà du seuil optimal de survie. Si les tendances actuelles se poursuivent, la jeunesse togolaise pourrait constituer plus une bombe à retardement, qu’un levier de croissance et d’émergence de notre économie.

Pour sa part, l’analyse du système de santé au Togo distingue trois grandes périodes : la période avant 1970, celle allant de 1970 à 1989 et la période de 1989 à nos jours. Sur le plan institutionnel, l’administration sanitaire a connu une nouvelle restructuration depuis le 27 février 2013, qui découle de l’arrêté No 0021/2013/MS/CAB/SG portant organisation des services du Ministère de la Santé qui n’ayant pas de ministre attitré est sous la responsabilité du Premier Ministre depuis plus d’un an. Si le Togo excelle dans la mise en œuvre de programmes de santé publique (vaccination, distribution de moustiquaires, etc.), il est a contrario très en retard en matière d’infrastructures sanitaires, de plateaux techniques de qualité, et de gestion des ressources humaines. La cartographie sanitaire du Togo montre une prépondérance très marquée des Unités de Soins Périphériques (USP) qui représentent plus de 90% des formations sanitaires que compte le pays couplée au phénomène de ‘ ‘déserts médicaux’’ qui s’explique par l’insuffisance des médecins généralistes et spécialistes dont une partie non moins négligeable s’expatrie à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail. Ce nivèlement par le bas de la qualité des soins et la faible accessibilité des structures de soins justifient les fortunes diverses que connaissent les populations qui préfèrent confier leur sort aux tradi-thérapeutes et aux cabinets des soins sauvages, faisant ainsi le lit aux trafics de faux médicaments. Tout ceci pose donc l’épineuse question de la réglementation du secteur et du financement de la santé. Et le Togo est loin d’atteindre l’objectif des 15% du budget national devant être destinés à la santé conformément à l’accord d’Abuja en 2001.

 

Pour finir, il convient d’indiquer que l’émigration des Togolais s’est faite en quatre vagues successives, à partir de 1960, avec un maximum dans les années 90 à la faveur des troubles socio-politiques.

A défaut de statistiques établies, le nombre de Togolais résidant à l’étranger est estimé à 1.500.000 personnes, dont deux tiers en Afrique, représentant près du quart de la population togolaise. Malgré l’opérationnalisation à la fin 2011 d’une Direction des Togolais de l’Extérieur au Ministère des Affaires Étrangères et la mise sur pied du Programme Diaspora, la méfiance demeure encore entre les autorités togolaises et la diaspora et affecte négativement une plus grande contribution de cette dernière au pays. Cependant, la diaspora reste active en contribuant de manière non-négligeable au développement économique par des transferts de fonds (en moyenne 11% du PIB). Gisement de compétences, de savoir-faire, la diaspora est un partenaire stratégique du développement à considérer. La communauté togolaise vivant à l’étranger a des attentes, des préoccupations, des espoirs et les autorités togolaises ont un rôle majeur à jouer en vue de favoriser l’éclosion et la réalisation des rêves de ces Togolais tant dans le pays d’accueil que dans le pays d’origine.

  1. Sous-système Economie et Technologie

Le sous-système «Economie et Technologie» est le dernier des quatre sous-systèmes qui composent le système Togo. Il a été organisé autour d’un certain nombre de thématiques regroupées en quatre parties à savoir la macroéconomie, les aspects sectoriels, le secteur privé et la technologie. L’analyse rétrospective et l’état des lieux des thématiques ont montré que les fondements d’un Togo émergent ont été mis en place depuis l’époque coloniale.

La première partie relative au cadre macroéconomique laisse voir que l’amorce d’un développement économique date de la période coloniale allemande. Cette amorce fut basée sur la promotion des cultures d’exportation, des infrastructures (notamment les routes, les chemins de fer, les wharfs, les câbles de télécommunication), l’implantation d’équipements sociaux, la réalisation d’unités agricoles industrielles.

Toutefois, le Togo n’a pas pu amorcer son développement et depuis 2000, des programmes de relance économique ont été mis en place appuyés par un vaste programme de réformes à partir de 2006. Ceci a permis d’avoir une stabilité économique relative et de relancer la croissance sans pour autant garantir le développement durable et l’émergence. Sur cette période l’on note une progression du niveau des recettes fiscales et l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative PPTE, qui a contribué à une réduction considérable de la dette du Togo.

Pour ce qui concerne le système de financement, l’on remarque que malgré la présence de nombreuses institutions bancaires sur le territoire, le financement de l’économie est insuffisant pour soutenir et promouvoir le secteur privé et que les institutions de micro finances desservent une grande proportion des opérateurs économiques tant formels qu’informels. Le rationnement endogène du crédit bancaire est un véritable frein à l’émergence de champions nationaux et régionaux en matière d’initiative privée et de mise en place de partenariats publics-privés innovants et dynamiques.

Par ailleurs, une politique des grands travaux a été lancée ces dernières années au Togo pour construire et réhabiliter les infrastructures de transport que sont les réseaux routier, ferroviaire, aérien et maritime dans la dynamique de développement du pays.

Les investissements en infrastructures énergétiques doivent permettre d’augmenter les capacités de production énergétique locale qui ne couvrent que 35% de la consommation nationale à l’heure actuelle.

Les aspects sectoriels, qui constituent la deuxième thématique analysée, portent sur l’agriculture et la ruralité, les ressources naturelles, les industries, le commerce et les services. Il faut relever que ces aspects occupent une grande proportion de la population et impliquent fortement le secteur privé. L’agriculture au Togo contribue pour 39% du PIB et occupe plus de 60% de la population.

S’agissant des ressources naturelles, la prospection et l’exploitation minière qui ont commencé depuis l’époque coloniale se poursuivent et le Togo est le quatrième producteur mondial de phosphate qui a constitué la principale source de revenu du pays entre1970 et 1990. A ce jour, les recettes du secteur des ressources naturelles sont constituées de taxes et impôts payées par les sociétés minières et il n’y a pas de recettes directes d’exportation. Selon le répertoire des titres miniers de 2013, l’on note: (i) cinq (05) sociétés en exploitation minière ; (ii) une dizaine de sociétés en exploration minière, (iii) une trentaine de sociétés en exploitation de carrières ; (iv) une vingtaine de sociétés en exploitation de nappe souterraine ; (v) trois (03) sociétés en exploitation artisanale ; (vi) deux (02) sociétés pour la commercialisation des substances précieuses et semi précieuses.

Dans le but d’instaurer une bonne gouvernance dans la gestion de ses ressources, le Togo a adhéré à l’Initiative en faveur de la transparence en matière d’industries extractives (ITIE) en 2009, est devenu pays candidat en Octobre 2010 et pays conforme en Mai 2013. Toutefois, la mise en place d’un fonds minier doit être envisagée pour garantir le maintien de la conformité à la norme ITIE.

Abordant l’industrialisation, il faut rappeler que l’industrie togolaise est née en 1957 avec l’exploitation des gisements de phosphate. En 1974, les recettes d’exportations des phosphates ont permis l’éclosion de plusieurs industries qui ont vite sombré dans l’endettement. Pour favoriser les exportations et promouvoir les activités du secteur privé, le gouvernement a créé une zone franche en 1990 dans le secteur des industries.

Sur le plan commercial, les femmes ont été très présentes dans le commerce notamment les Nana Benz et Lomé compte parmi les grandes places commerciales de la sous- région.

La troisième thématique, relative au secteur privé, permet de voir que de nombreuses réformes ont été engagées ces dernières années par le gouvernement pour l’amélioration du climat des affaires et la promotion du secteur privé mais beaucoup reste encore à faire car l’on note toujours l’absence d’acteurs forts dans ledit secteur pour porter le développement.

Le secteur privé au Togo est constitué de nombreuses Toutes Petites entreprises (TPE), de Petites et Moyennes Entreprises (PME) et de Petites et Moyennes Industries (PMI) avec une trentaine de grandes entreprises dont les promoteurs sont pour la plupart de nationalités étrangères. Le secteur informel est très important et occupe une grande proportion de la population. Il faut à ce sujet relever la création en 2008 d’une Délégation à l’Organisation du Secteur Informel (DOSI).

Pour ce qui concerne la quatrième thématique, qui porte sur la technologie, l’on note que des réformes institutionnelles et structurelles ont été menées dans le domaine de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (STI) depuis 2005 ce qui a permis l’élaboration d’une politique des sciences technologiques et de l’innovation. Il faudrait néanmoins, pour ce qui est de la biotechnologie, adopter des politiques nationales telles que l’intégration des biotechnologies modernes, en vue d’accroître les outils de contrôle et de surveillance des OGM dans le pays.

Abordant, les TIC, il faut signaler que plusieurs projets innovants ont été réalisés dans le domaine des TIC avec l’introduction des technologies révolutionnaires comme le CDMA, mais que des actions doivent être encore menées pour transformer l’économie togolaise en économie du savoir à travers l’économie numérique.

Au final, malgré les efforts du gouvernement à promouvoir le développement, le caractère structurel des « déficits jumeaux » que sont le déficit de la balance commerciale et le déficit budgétaire persiste et n’est pas favorable à l’émergence économique du Togo. Il s’avère important de disposer de mécanismes internes idoines pour soutenir une croissance à long terme, garantir la stabilité macroéconomique, réduire la vulnérabilité aux multiples chocs, promouvoir le développement durable, et enfin éliminer la pauvreté.

Pour ce faire, de grandes orientations stratégiques doivent être mises en place pour déclencher l’émergence à travers des actions ciblées visant à : (i) améliorer la productivité des facteurs dans les secteurs ; (ii) accroitre les investissements et les exportations ; (iii) promouvoir l’industrialisation du pays ainsi que la recherche et l’innovation technologique ; (iv) assainir la gestion des finances publiques et des ressources naturelles; (v) accroître la mobilisation des recettes; (vi) déterminer une politique monétaire favorable à l’émergence ; (vii)  faire du secteur privé un moteur de développement ; (viii) asseoir le leadership au sein de l’administration et, enfin, (ix) mettre en place une politique de décentralisation dans le cadre de l’aménagement du territoire.

[1]Entre autres, l’UE : Evaluation de la coopération de l’UE avec la République togolaise 2007-2013, rapport final provisoire révisé, volume I, septembre 2014

[2] Rapport de PNUD

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